Alice Milor, « Le lobby des PDG de l’automobile à Bruxelles, machine de guerre contre les États-Unis ? (1972-1991) »
Alice Milor, « Le lobby des PDG de l’automobile à Bruxelles, machine de guerre contre les États-Unis ? (1972-1991) », dir. Clotilde Druelle-Korn, Patrick Fridenson, Pascal Griset et Laurent Warlouzet, Comité pour l’Histoire Économique et Financière de la France, Paris, 2025, p. 267-284.
Auteur.e.s membre de l'UMR : Alice Milor
Axe(s) de recherche : 1. Relations internationales, espaces et mondialisations, 2. Pratiques et cultures politiques, 3. L’Europe comme civilisation matérielle en transitions
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Alors que le lobby automobile a bien souvent été perçu comme une machine de guerre contre les États-Unis, l’analyse des archives du CCMC permet d’entrevoir une finalité bien plus nuancée – bien que les tensions internationales autour des questions de réglementation technique soient prégnantes. Si, aux yeux de la Commission, ce lobby présente en théorie l’avantage d’exclure les Américains pour sauvegarder la souveraineté industrielle de l’Europe, la réalité paraît assez différente. Certes, les industriels européens ne souhaitent pas plus que la Commission un alignement global des standards sur les normes américaines – en particulier les Français et les Italiens, moins bien positionnés que certains Allemands sur le marché américain – et ils entendent bien utiliser le CCMC pour faire valoir une voie européenne pour la réglementation. Pour autant, à leurs yeux, cela ne passe pas nécessairement par l’exclusion de Ford, GM et Chrysler des rangs du CCMC : là où la Commission y voit des agents de l’influence américaine en Europe, les entreprises européennes ont plutôt tendance à les considérer comme des alliés dans le dialogue qu’ils peuvent avoir avec les pouvoirs publics. C’est pourquoi l’exclusion des Américains du CCMC ne relève pas tant d’une volonté des constructeurs européens de former un front contre les États-Unis, mais d’un choix de Ford, GM et Chrysler. Craignant de tomber sous le coup des lois antitrust américaines, ils ont décidé de s’auto-exclure prudemment du CCMC jusqu’en 1991. Et c’est ainsi que, grâce à la législation américaine antitrust, la Commission a obtenu un front européen de façade. Finalement, le CCMC apparaît moins comme un front contre les États-Unis que comme une union de l’industrie avant tout. Celle-ci tente – pas toujours avec succès – de mettre de côté les divergences profondes entre des entreprises qui sont positionnées sur des marchés et des gammes de produits différents.
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