Mickaël Studnicki
Mickaël Studnicki, « Droites nationales, genre et homosexualités en France. Des années 1870 aux années 2010 »
La thèse propose une histoire politique renouvelée des droites nationales françaises à travers l’étude de ses principales ligues (Action Française, Croix-de-Feu, Ligue des Patriotes), de ses mouvements (Front National), journaux et penseurs majeurs. Elle entend étudier les continuités, les mutations et les ruptures de ce courant politique en analysant la genèse, les variations et les évolutions de son discours sur les homosexualités sur la longue durée : des débuts de la Troisième République, lesquels correspondent à l’apparition de la catégorie de « l’homosexuel » et à la naissance des premiers mouvements nationalistes, jusqu’au début des années 2010 avec les débats sur le Mariage Pour Tous et la « théorie du genre ».
Dès la fin du XIXe siècle, le courant nationaliste forge son socle idéologique sur la question sous l’influence des interdits religieux et des premiers faits-divers médiatisés mettant en scène des homosexuels. Ce discours de réaction hostile, alors semblable à celui des autres tendances politiques, associe l’homosexualité à une pratique « contre-nature » et stérile, synonyme de dégénérescence sociale, de péril pour la jeunesse et de décadence. Les mouvements nationalistes l’assimilent à un « vice » bourgeois et urbain, ainsi qu’à une pathologie étrangère. Ils se singularisent par l’instrumentalisation de l’homosexualité avec l’emploi dans les années trente de caricatures basées sur l’inversion de genre et la mise en place de violentes campagnes de presse homophobes (Candide, Gringoire, Je Suis Partout) contre leurs adversaires politiques.
Sans aller jusqu’à réclamer la répression des rapports entre personnes du même sexe, le courant nationaliste fut en réalité soucieux de restreindre la visibilité des homosexuels au sein de l’espace public, tout en tolérant la présence d’une forme d’homosexualité, de préférence discrète et virile, à l’intérieur de la sphère privée et même en son sein. Cette position demeura la base du courant nationaliste durant près d’un siècle et fut partagée par le camp conservateur et une majorité des Français. Toutefois, l’émergence des premiers mouvements révolutionnaires de revendication gays et lesbiens, conjugués aux évolutions législatives, à une meilleure acceptation de l’homosexualité par la société mais surtout à l’émergence du sida au début des années 1980, bouleversèrent la donne. Faisant le pari d’une pandémie, le Front National tenta d’instrumentaliser l’épidémie mais ses propositions suscitèrent un tollé.
En réalité, l’hostilité à l’égard de l’homosexualité fut surtout exprimée par les partisans du courant national-catholique, qui trustaient alors les postes de cadres au sein du parti, et interprétèrent, dès la fin des années 80, les récents changements législatifs (dépénalisation des rapports homosexuels entre un majeur et un mineur en 1982) et l’émergence des associations de défense des séropositifs, souvent dirigées par des gays, comme la preuve de l’existence d’un « lobby homosexuel ». Sous couvert de dénoncer les actions souterraines d’un supposé groupe de pression cherchant à faire avancer les intérêts de sa « communauté » au détriment de ceux de la nation, le terme, qui se diffuse et mute au fil des années en « lobby gay » puis « lobby LGBT », vise en réalité à s’opposer à une ouverture des droits aux couples du même sexe, au nom de la défense de la famille traditionnelle et des intérêts de l’enfant. Nombreux au moment des débats sur le PACS (1998-1999), le Mariage Pour Tous (2012-2013), et plus récemment autour des discussions au sujet de l’homoparentalité, ces discours sont cependant davantage portés par les mouvements au profil et aux objectifs bien définis que par un parti comme le Front National, le principal mouvement nationaliste.
Ouvrages :
– Droites nationalistes et homosexualités en France, préface de Florence Tamagne et Olivier Dard, Paris, Sorbonne Université Presses, 2025, 560 p.
Articles :
-« Gaie France Magazine. Homosexualité, nationalisme et pédophilie (1986-1997) », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, n°71-4, 2024/4, p. 51-82.
– « François Sentein », dans Florence Tamagne (dir.), Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie, Paris, Mémorial de la Shoah, 2021, p. 45.
– » Emergence des hérauts du masculinisme à la télévision. Soral, Zemmour et le discours contre la « féminisation de la société » (2000-2020), Le Temps des Médias, 2021/1, n°36, p. 156-171.
– « »Il faut écrire fort pour écrire bien… » Lettres de Max Jacob à François Sentein (1942-1944) », Les cahiers Max Jacob 17/18, Paris, Les Amis Max Jacob, 2017, p. 91-105.
Notices de dictionnaires :
– « Marche des fiertés », dans Christophe Boutin, Olivier Dard & Frédéric Rouvillois (dir.), Dictionnaire du progressisme, Paris, Cerf, 2022, p. 666-670.
– « Fortuyn, Pim » & « Homosexualité », dans Christophe Boutin, Olivier Dard & Frédéric Rouvillois (dir.), Dictionnaire des populismes, Paris, Cerf, 2019, p. 468-472 & 539-542.
Comptes-rendus d’ouvrages :
– Romain Jaouen, L’inspecteur et « l’inverti ». La police face aux sexualités masculines à Paris, 1919-1940, Rennes, PUR, 2018, dans Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, n°66-4, 2019/4, p. 205-206.
– Chantal Plantureux-Meyer, Antisémitisme et homophobie. Clichés en scène et à l’écran, Paris, CNRS éditions, 2019, dans 20&21. Revue d’histoire, n°144, octobre-décembre 2019, p. 235-236.
– Todd Shepard, Mâle décolonisation. L' »homme arabe » et la France, de l’indépendance algérienne à la révolution iranienne [trad. Clément Baude], Paris, Payot/Rivages, 2017, dans Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, n°64-4, 2017/4, p. 236-237.
– Ludivine Bantigny, Fanny Gallot & Frédéric Thomas (éd.), Sexualités en révolutions. XIXe-XXIe siècle (Dissidences, n°15), Lormont, Editions le Bord de l’Eau, 2016, dans Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, n°64-2, 2017/2, p. 248-250.
– Jean-Louis Guerena (éd.), Sexualités occidentales. XVIIIe-XXIe siècle, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2014, dans Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, n°64-2, 2017/2, p. 250-252.
– Clive Thomson, Georges Hérelle : archéologue de l’inversion sexuelle « fin de siècle », préface de Philippe Artières, Paris, Éditions du Félin, 2014, dans Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n°126, 2015-2, p. 228-229.

