Mathieu Feunteun
Mathieu Feunteun, « Coopérer par gros temps. La Marine Nationale et ses deux alliées occidentales (Royal Navy et U.S. Navy), 1945-1972 ».
Très vite au sortir de la Seconde guerre mondiale, la marine de guerre française quitte une situation de subordination à la Royal Navy et l’US Navy pour entrer dans un nouveau schéma de dépendance à leur égard. La participation à la défense occidentale, avec l’entrée dans l’UO puis dans l’OTAN, met au prise les marins français avec une réalité qu’ils n’ont fait qu’effleurer pendant la guerre : les négociations au sein d’états-majors interalliés, l’apprentissage de la guerre navale moderne, ou encore la mise à niveau technologique de l’outil naval. Cette nouvelle donne nécessite de la part de la marine française et des marins qui la servent un apprentissage rapide des nouvelles exigences. Se familiariser avec les tractations interalliées au sein des organes atlantiques, se remettre au niveau opérationnel, tenter d’imiter les naval leaders de la guerre sur mer en se renseignant sur l’organisation et les caractéristiques des forces navales alliées constituent un travail intense et essentiel de la part des officiers français. Selon les dossiers, la marine française rencontre une coopération volontaire et franche ou bien une réticence qu’elle tente d’enrayer. Tous les canaux de discussion et de négociation possibles, multilatéraux, bilatéraux, officiels ou officieux, sont exploités afin que la marine français cesse d’être une marine de second rang. Les opérations de guerre de rivière en Indochine ou encore l’engagement en coalition à Suez constituent deux temps où la dépendance (matérielle et opérationnelle) vis-à-vis de la Royal Navy et de l’US Navy apparaissent au grand jour. Mais inversement, Américains et Britanniques scrutent attentivement les opérations amphibies menées par les forces navales françaises en Indochine. Quant à Suez, au-delà d’une sujétion aux Britanniques, l’opération « Mousquetaire » permet d’apprendre à interopérer et à mettre à l’épreuve sur mer les liens avec l’US Navy. La période qui débute en 1959 (fin de l’affectation des forces navales français de Méditerranée au SACEUR) et qui s’achève en 1966 (avec le retrait complet des organes militaires intégrés), vient mettre à mal le processus d’intégration entamé en 1948-1949. Cette phase suscite de la part des officiers de marine français (mais aussi alliés) incompréhension et mécontentement alors que le renouveau naval français est en très grande partie né de l’intégration atlantique. Néanmoins alors qu’un système de coopération est élaboré pour succéder au dispositif d’intégration, les liens entre marine ne cessent de se renforcer et de se techniciser. Réalisée à partir d’archives françaises (militaires, navales, diplomatiques), britanniques (archives de l’Amirauté, du Foreign Office, cabinet du Premier ministre) et américaines (papiers personnels d’amiraux, documents diplomatique), cette thèse cherche à mesurer la manière dont la Marine nationale a cherché à tirer profit des liens avec la Royal Navy et l’US Navy. Entre acceptation de la sujétion, tentatives de contrôler la dépendance et mimétisme, la marine de guerre française s’est adaptée pour nourrir un lien interallié, contraignant mais nécessaire.
ARTICLES
- « « Il est des moments où se joue à Washington le sort de la marine française ». L’attaché naval français dans le dispositif interallié, 1945 – 1952 », Revue d’histoire maritime, n° 34, juin 2024, p. 261-281
(https://sup.sorbonne-universite.fr/catalogue/revues/revue-dhistoire-maritime/34-mer-et-mobilites-xive-xxe-siecles) - « Les voyages des amiraux français aux États-Unis, 1951-1957″, Revue historique des Armées, n° 319, décembre 2025, p. 93-104
(https://shs.cairn.info/revue-revue-historique-des-armees-2025-4-page-93?lang=fr) - « Coopérer par gros temps. La Marine nationale et ses deux alliées occidentales (Royal Navy et US Navy) de 1945 à 1972 [compte-rendu de thèse], Histoire, Europe et relations internationales, n° 7, automne 2025, p. 231-235. (https://shs.cairn.info/revue-histoire-europe-et-relations-internationales-2025-2-page-231?lang=fr)
COMPTES RENDUS DE LECTURE
- « Olivier Forcade (dir.), La France et l’OTAN depuis 1989, Paris, Sorbonne Université Presses, 2023 », Historiens & géographes, n°464, novembre 2023, p. 244-245.
- « Corbin Williamson, The U.S. Navy and its Cold War Alliances, 1945 – 1953, Lawrence, University Press of Kansas, 2020 », Revue d’histoire maritime, n° 34, juin 2024, p. 300-303.


