Barbara De Luna

Université : Paris 1
Année de soutenance : 2021
Etat d'avancement : Soutenue

Axe(s) de recherche : 5. Genre et Europe (XIXe-XXIe siècle),  5.3 Guerres, violences et sexualités

Thèse :

Barbara De Luna « Les femmes de l’ennemi. Les procès pour collaborationnisme dans l’après-guerre : une comparaison entre la France et l’Italie. 1944-1951″.

Résumé de la thèse :
Barbara De Luna
Les femmes de l’ennemi. Les procès pour collaborationnisme dans l’après-guerre : une comparaison entre la France et l’Italie. 1944-1951. 
 
 
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des fractures idéologiques et culturelles traversent le continent comme chacun des pays européens. Face à l’occupation allemande deux camps opposés se constituent et s’affrontent : les résistants et les collaborationnistes.  La présence allemande dure dans le centre-nord de l'Italie du 8 septembre 1943 au 24 avril 1945, plus longue en France elle s’étend pour l’essentiel du pays de juin 1940 à l’été 1944, et  cette différence de durée affecte les formes assumées par le collaborationnisme, sous Vichy en France et pendant la République de Salò en Italie. 
Ensuite, dans le deux pays les collaborationnistes ont été jugés dans l’après-guerre par des tribunaux extraordinaires ; en Italie, cependant, l’épuration a été interrompue précocement par l’amnistie Togliatti en 1946, alors qu’elle dure en France jusqu’en 1953. 
Les femmes, longtemps oubliées par l'historiographie du conflit, ont été également impliquées dans l'affrontement, pour s’engager dans la Résistance ; mais aussi dans la collaboration comme en a témoigné après la guerre, les milliers d'Italiennes et de Françaises qui ont été jugées pour collaboration avec l'envahisseur allemand. 
A travers l'analyse des dossiers de Cours de justice de la Seine et de Bourg-en-Bresse en France et des Corti d’Assise Straordinarie piémontaises et émiliennes en Italie ma recherche propose une étude comparative sur la collaboration féminine pendant le régime de Vichy et celui la République Sociale Italienne (RSI).  
L'approche comparative se révèle utile pour l'élaboration de catégories transversales permettant de mieux comprendre la guerre mondiale – et la justice de transition qui en découle – dans sa dimension fortement « européenne ». En outre, il dégage les similitudes et les différences de ces deux univers féminins collaborationnistes, en soulignant la dimension sexuelle des phénomènes analysés et l'importance du croisement genre et guerre en tant que catégorie d’analyse du conflit et de l’après-guerre.

L’examen des sources judiciaires permet de déconstruire les stéréotypes les plus répandus sur les femmes coupables de collaboration – celles, par exemples, de l’espionne et de la « femme à boche » – et de comprendre les véritables modalités de leur engagement et de leur action dans le camp ennemi. Il montre également comment l’intervention des femmes aux côtés des Allemands et des fascistes a été jugé dans l’après-guerre par des juges masculins, en mettant en évidence les stratégies élaborées à la Libération par les deux sociétés pour revenir à une « normalité » de genre à travers un discours capable de renforcer les normes morales qui réglaient le rôle et la vie sociale des femmes.

Dans les deux pays, en effet, les processus de reconstruction nationale ont largement coïncidé avec la tentative de rétablir les relations traditionnelles de genre, mises en crise par le bouleversement de la guerre. Par une forme particulière de « justice de genre », les deux nations ont pu ostraciser les comportements féminins qui enfreignaient les codes moraux communs et ramener l’image de la collaborationniste à un phénomène exceptionnel et « monstrueux », lié à la barbarie de la guerre, et étranger à la nouvelle nation démocratique.