Virilités violentes, virilités inquiètes
« Virilités violentes, virilités inquiètes », in Jean-Jacques Courtine, Histoire de la virilité, tome 3, Paris, Seuil, octobre 2011, p.71-98. VERSION AUTEUR EN LIGNE SUR HAL
Auteur.e.s membre de l'UMR : Fabrice Virgili
Axe(s) de recherche : 5. Genre et Europe (XIXe-XXIe siècle)
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Résumé : En juillet 2003, le chanteur Bertrand Cantat, vedette du groupe Noir Désir, était arrêté, puis jugé et condamné pour le meurtre de l’actrice Marie Trintignant sa compagne. Le fait divers a défrayé la chronique en raison de la célébrité des protagonistes. Il provoqua également des prises de position contradictoires sur la manière dont avaient été considérées de part et d’autre les violences qui avaient causé la mort de Marie Trintignant. D’un côté se trouvaient ceux qui mettaient en avant le caractère passionnel de la relation entre le chanteur et l’actrice ; de l’autre ceux qui replaçaient sa mort parmi celles des nombreuses femmes victimes de violences conjugales. D’autres cas emblématiques ont également fait la une de l’actualité en ce début de XXI e siècle : le meurtre de Sohane Benziane brûlée vive à Vitry-sur-Seine en 2002 par un amoureux éconduit ou le rugbyman Marc Cécillon qui, refusant le divorce, tua son épouse de cinq coups de feu en août 2004. Au-delà de ces exemples, qui renvoyaient dans le débat public davantage à la violence des cités dans le cas de Sohane, à des drames aussi exceptionnels que tragique du fait des personnalités en cause dans les deux autres, c’est bien de la violence privée, infligée le plus souvent par des hommes sur « leur femme », épouse, amante ou maîtresse, qu’il s’agit. Aujourd’hui, il y a consensus pour considérer à la fois la réalité, l’importance et la nécessité de combattre ces violences. Mais qu’en at -il été tout au long du XX e siècle et en particulier avant les années 1970-1980 alors que le mouvement féministe n’avait pas encore donné leur dimension politique à des violences considérées comme privées dont le règlement devait rester une affaire de famille ? La définition actuelle de la violence, multiple et déclinée sous ses formes physiques, psychologiques, économiques et sexuelles, est-elle opérante pour décrire des pratiques antérieures de plusieurs décennies ? Si les gestes de ces violences existaient, qu’en était-il de leur perception ? Comment des relations sexuelles imposées dans le cadre du mariage ont-elles pu être perçues comme une agression quand beaucoup les considéraient comme une des formes du devoir conjugal ?


