Benoît Pouzoulet
Date d'inscription en thèse : 09/2023
Directeur de recherche de la thèse : Olivier Forcade
L'aéronautique militaire française en Europe et dans le monde (1918-1933)
Lorsque la France sort victorieuse de la Grande Guerre, le 11 novembre 1918, elle dispose de la première aviation du monde en matière d'industrie, d'unités, d'appareils et d'aviateurs, tant au niveau quantitatif que qualitatif. Cet outil aéronautique se trouve d'emblée plongé dans les exigences nouvelles de la paix retrouvée. L'objectif pour la France est alors de démobiliser tout en conservant son rang de grande puissance. C'est en étant une puissance aérienne militaire qu'elle développe une influence considérable en diffusant sa doctrine et en exportant ses matériels par l'intermédiaire de missions militaires dès le temps de la guerre. La conclusion de la paix ne met pas fin à ces missions, bien au contraire : leur volet aéronautique est non seulement conservé mais surtout renforcé afin d'écouler les immenses stocks que le conflit avait requis. En France, cette phase correspond toutefois à un temps de normalisation de l'aéronautique en tant qu'arme de l'armée de terre et de réduction en tant qu'outil industriel. Cela entraîne une distorsion entre les ambitions à l'extérieur et les moyens accordés à l'intérieur. Pour faire face à la rupture imposée par le temps de paix, les industriels doivent engager une transition vers l'aviation commerciale, laquelle ne peut pourtant se développer qu'avec l'aide des militaires. Les chefs des armées de terre et de mer, pour leur part, souhaitent mettre au pas l'aéronautique dont ils craignent l'essor, qui leur retirerait l'usage de cette arme nouvelle indispensable à tout conflit moderne.
Faire l'histoire de l'aéronautique militaire française dans les années 1920 conduit à étudier sa conversion manquée, tant au niveau national, institutionnel, que dans son rayonnement à l'étranger. Il s'agit de se demander comment on peut expliquer l'échec du maintien d'un rang militaire et industriel international pour la France dans le domaine aérien. Comment comprendre l'incapacité de l'infustrie aéronautique, entretenue par des commandes militaires peu imaginatives, à s'adapter au temps de paix et à l'introduction de l'aviation civile ? Dans quelle mesure la militarisation excessive de cet outil industriel français s'est-elle inscrite en faux vis-à-vis du contexte de démobilisation générale et de réduction des crédits militaires dans la quasi-totalité des pays ? Dans quelle mesure, enfin, la lente et douloureuse institutionnalisation de l'aviation militaire en France a-t-elle pu affaiblir sa capacité d'influence à l'international ?
benoit.pouzoulet@sorbonne-universite.fr

