Soutenance de thèse de Mathieu Feunteun « Coopérer par gros temps. La Marine nationale et ses deux alliées occidentales (Royal Navy et US Navy) de 1945 à 1972
Date : Mardi, 24 juin, 2025 - 12:00
Axe(s) de recherche : 1. Relations internationales, espaces et mondialisations
Participant.e.s : Mathieu Feunteun, Olivier Forcade
Thèse sous la direction d’Olivier Forcade
Membres du jury :
François David, PU, Université du Littoral Côte d’Opale
Hélène Harter, PU, Université Paris I-Panthéon Sorbonne
Jean-Marie Kowalski, MCF HDR, Sorbonne Université/École navale
Christophe Prazuck, amiral, directeur de l’Institut de l’Océan, Sorbonne Université
Jenny Raflik-Grenouilleau, PU, Université de Nantes
Philippe Vial, MCF, Direction de l’enseignement militaire supérieur
Résume de la thèse :
Très vite au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la marine de guerre française quitte une situation de subordination à la Royal Navy et l’US Navy pour entrer dans un nouveau mode de dépendance à leur égard. La participation à la défense occidentale, avec l’entrée dans l’UO puis dans l’OTAN, met aux prises les marins français avec une réalité qu’ils n’ont fait qu’effleurer pendant la guerre : les négociations au sein d’états-majors interalliés, l’apprentissage de la guerre navale moderne, ou encore la mise à niveau technologique de l’outil naval. Cette nouvelle donne impose à la marine française un apprentissage rapide de nouvelles exigences. Se familiariser avec les négociations interalliées, se remettre au niveau opérationnel, tenter d’imiter les naval leaders de la guerre sur mer en se renseignant sur l’organisation et les caractéristiques des forces navales alliées constituent un travail essentiel. Selon les dossiers, la marine rencontre une coopération volontaire et franche ou bien une réticence qu’elle tente d’enrayer. Tous les canaux de discussion possibles, multilatéraux, bilatéraux, officiels ou officieux, sont exploités afin que la marine français cesse d’être une marine de second rang. Les opérations en Indochine ou encore l’engagement en coalition à Suez constituent deux temps où la dépendance (matérielle et opérationnelle) vis-à-vis de la Royal Navy et de l’US Navy apparaissent au grand jour. Mais inversement, Américains et Britanniques scrutent attentivement les opérations amphibies menées par les forces navales françaises en Indochine. Quant à Suez, au-delà d’une sujétion aux Britanniques, l’opération « Mousquetaire » permet d’apprendre à interopérer et à mettre à l’épreuve sur mer les liens avec l’US Navy. La période qui débute en 1959 (fin de l’affectation des forces navales françaises de Méditerranée au SACEUR) et qui s’achève en 1966 (retrait complet des organes militaires intégrés), vient mettre à mal l’intégration entamée en 1948-1949. Cette phase suscite de la part des officiers de marine français une incompréhension alors que le renouveau naval est en très grande partie né de l’intégration atlantique. Néanmoins alors qu’un système de coopération est élaboré pour succéder au dispositif d’intégration, les liens entre marine ne cessent de se renforcer et de se techniciser.
Réalisée à partir d’archives françaises (militaires, navales, diplomatiques), britanniques (archives de l’Amirauté, du Foreign Office, cabinet du Premier ministre) et américaines (papiers personnels d’amiraux, documents diplomatiques), cette thèse cherche à mesurer la manière dont la Marine nationale a cherché à tirer profit des liens avec la Royal Navy et l’US Navy. Entre acceptation de la sujétion, tentatives de contrôler la dépendance et mimétisme, la marine de guerre française s’est adaptée pour nourrir un lien interallié, contraignant mais nécessaire.

