Soutenance de thèse de doctorat – Sahra Rausch

Date : Mercredi, 29 juin, 2022 - 10:00

Type d'événement : Soutenance

Organisateur.e.s : Paul Gradvohl

Participant.e : Corine Defrance

Adresse : Raum 013, Haus B, Karl-Glöckner-Str. 21,, 35394 Gießen (Deutschland), France
Présentation :

Verstrickte Emotionen: Transnationale Perspektiven auf post-
koloniale Erinnerungspolitiken in Deutschland und Frankreich
seit den 1990er Jahren

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Des émotions enchevêtrées: Perspectives transnationales sur les poli-
tiques de mémoire postcoloniale en Allemagne et en France depuis les
années 1990

Sahra Rausch (dir. Corine Defrance et Andreas Langenohl)

 

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (laboratoire de rattachement : SIRICE) et JUSTUS-LIEBIG-UNIVERSITÄT GIESSEN (Fachbereich 03, Sozial- und Kulturwissenschaften)

En 2000, l’historien Charles S. Maier proclama que le passé colonial allait gagner de l’importance pour les mémoires collectives des sociétés occidentales. Le tournant postcolonial, bien qu’il ne fût accepté qu’avec hésitation dans les universités françaises et allemandes, provoqua des débats persistants sur la « place » légitime du colonialisme dans le présent. Des vagues de plaintes, demandant la reconnaissance des passés coloniaux et des réparations confrontèrent les sociétés occidentales aux « taches sombres » de leur passé. Dès la fin des années 1990, de nombreux travaux sur la signification globale de la politique de mémoire furent publiés et des idées normatives sur l’émergence d’une « morale internationale » (Barkan 2002) furent également élaborées. Les émotions – telles que la honte, le sentiment de culpabilité, de responsabilité et de compassion – ne sont pas seulement à la base du concept de la « morale internationale », mais elles structurent aussi les règles selon lesquels les sociétés définissent l’importance d’assumer leurs passés coloniaux. Dans les négociations des politiques de mémoire postcoloniale, les discours émotionnels jouent un rôle décisif dans le maintien des relations de pouvoir.

La thèse examine la nature des émotions produites, la manière avec laquelle elles se construisent dans la politique de mémoire postcoloniale en Allemagne et en France, et comment elles déploient leur pouvoir. En se focalisant principalement sur les mémoires les plus médiatisées dans les deux pays – la guerre d’Algérie en France et le génocide des OvaHerero et des Nama en Allemagne – Sahra Rausch mets en évidence comment les discours émotionnels rendent légitime ou illégitime la « souffrance des autres ». Les ordres émotionnels, pour leur part, décrivent la structure des relations entre les différents discours émotionnels. L’hypothèse du travail est que les passés coloniaux n’ont de pertinence dans le présent que lorsqu’ils ont été chargés d’affect. Suivant l’approche de l’histoire croisée (Werner et Zimmermann 2002), la doctorante identifie cinq objets de recherche qu’elle met en relation comparative de manière synchronique et diachronique : la négociation de la reconnaissance des passés coloniaux, les demandes de réparation et la poursuite juridique des crimes coloniaux,  les rapatriements des restes humains, les négociations des restitutions, et les excuses en tant qu’instruments (im)possibles de réconciliation mémorielle. Par cette perspective transnationale, la thèse analyse les références mutuelles et la référence à d’autres récits dominants de l’histoire pour dévoiler les « enchevêtrements » émotionnels entre l’Allemagne et la France.

Membres du jury de soutenance :

Prof. Dr. Andreas Langenohl

Prof. Dr. Corine Defrance, U Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Prof. Dr. Astrid Erll, U Frankfurt/Main PD

Dr. Jens Maeße

Prof. Dr. Paul Gradvohl, U Paris 1 Panthéon-Sorbonne
 

Mots-clés
Politiques de la mémoire – études postcoloniales – histoire des émotions – affect studies – transna-
tionalisation – études sur le discours –guerre d’Algérie –génocide contre le OvaHerero et Nama –
impérialisme français – colonialisme allemand