Le vestiaire du totalitarisme
Date : Vendredi, 19 octobre, 2018 - 07:30
Axe(s) de recherche : 4. Temps, traces et territoires de guerre
Organisateur.e.s : François-Xavier Nérard
Participant.e : François-Xavier Nérard
Questionner le totalitarisme à partir d’une histoire du vêtement peut sembler anecdotique au regard de la complexité et de la monstruosité de ce phénomène. Pourtant, l’attention portée par les différents régimes – fascistes ou communistes – à la normalisation des conduites invite à explorer toutes les facettes de ce langage du pouvoir qui concilie police des apparences et vestiaire de la servitude. Témoin et instrument d’une volonté prométhéenne d’emprise et de contrôle, d’assujettissement et d’exclusion (mais aussi instrument de résistance et de dissidence) le vestiaire est au cœur d’une histoire totale dont l’appréhension privilégiera deux points d’entrée.
Le premier insistera sur le poids des représentations politiques, à travers la symbolique du vêtement mais aussi les imaginaires qu’il convoque, les idéologies et les doctrines qui le façonnent et qu’il exprime. Comment le vêtement et plus largement la mode œuvrèrent-ils à l’expression des idéologies ? Peut-on identifier, par-delà les expériences totalitaires, des invariants ou une grammaire commune dont le vestiaire serait l’expression ?
Le second évaluera le rôle du vestiaire dans les pratiques de socialisation, d’embrigadement et d’assujettissement. Le système idéologique de la mode fut-il un outil (efficace ?) favorisant l’acquiescement de la population à la domination ?
Moyen de communication non-verbale, signe d’appartenance et de solidarité mais aussi de hiérarchie et de soumission, de contestation et d’exclusion, le vêtement, objet d’histoire culturelle et sociale du politique, constitue ainsi un analyseur privilégié et singulier pour rendre compte des expériences totalitaires du XXème siècle.
Si l’histoire du totalitarisme est riche de travaux historiographiques, la question du vestiaire n’a jamais fait l’objet d’une approche systématique. A la jonction de l’histoire politique et l’histoire de la mode, ce projet s’insère dans une perspective pluridisciplinaire en croisant les regards d’historiens, de politistes, de sociologues et de sinologues ainsi que de spécialistes des mondes slaves et hispaniques.


