Conférence de Corine Defrance dans le cadre des « Grandes Conférences des Archives Raymond Poincaré », Nancy : La reprise des relations scientifiques franco-allemandes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
Date : Mercredi, 24 mars, 2021 - 17:00
Projet(s) transversal(aux) : Diplomatie scientifique
Organisateur.e.s : Corine Defrance
Participant.e : Corine Defrance
Dans le cadre des Grandes Conférences des Archives Henri Poincaré, Corine Defrance intervient sur:
La reprise des relations scientifiques franco-allemandes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
Dans l’immédiat après-guerre, l’Allemagne restait encore pour la plupart des Français, y compris pour bon nombre de scientifiques, « l’ennemi héréditaire ». Au tournant du nouveau millénaire, Pierre Papon, ancien directeur général du CNRS, affirmait que la coopération scientifique et technologique en Europe avait été « impulsée par une dynamique franco-allemande ». Des documents officiels récents, édités conjointement par les ministères de la Recherche français et allemand affirment que la coopération scientifique bilatérale a « commencé après la signature du Traité de l’Élysée», entretenant ainsi, consciemment ou non, le mythe selon lequel le « franco-allemand » aurait commencé en 1963 avec De Gaulle et Adenauer. Depuis plusieurs décennies maintenant, les historiens ont réinterrogé ce récit qui occulte toutes les initiatives entreprises auparavant par différentes types d’acteurs à différentes échelles. Il faut donc revenir sur ces années d’immédiat après-guerre. Bien sûr, avant la guerre – avant les guerres mondiales et même avant celle de 1870 – il y avait eu des échanges scientifiques et universitaires, mais ici nous nous interrogerons plus particulièrement sur l’impact qu’a eu la Deuxième guerre mondiale et comment, et aussi par qui, les relations universitaires et scientifiques ont été renouées ? Comment a-t-il été possible d’établir une coopération étroite que certains disent « motrice » en Europe ? Enfin, quel a été l’impact réel du traité de l’Elysée sur la coopération bilatérale dans ce domaine ?
Impulsé sur le mode de la contrainte dans l’immédiat après-guerre, la coopération scientifique et universitaire s’est développée dans les années 1950, sans qu’on puisse parler de « partenariat scientifique privilégié ». Dans les échanges universitaires en particulier, l’objet principal des premières coopérations a été moins scientifique que politique. Ces relations ont été durablement marquées par la dualité entre compétition et coopération. Dans le contexte de la guerre froide, selon les temps et les disciplines, la coopération européenne a permis de dépasser l’antagonisme franco-allemand et, en même temps, le bilatéralisme franco-allemand a consolidé la construction européenne. Il s’avère que la coopération scientifique a eu un autre rythme que celui de la coopération politique, culturelle, sociétale ou économique, avec des développements spécifiques en fonction des champs de recherche et des implications financières et politiques.

