Amal Silva Da Cruz
Directeur de recherche de la thèse : Alya Aglan
Amal SILVA DA CRUZ, « De la robustesse du combattant. Le bataillon français de l’ONU en Corée entre 1950 et 1953 », dirigée par Alya Aglan.
La robustesse du combattant à travers l’exemple du bataillon français de l’ONU en Corée entre 1950-1953 : idéal, représentations, applications.
———–
MIS A JOUR LE 13 janvier 2024
———–
ED 113 – UMR 8138 (SIRICE) Directrice de recherche : Madame Alya AGLAN
Dans la nuit du 24 au 25 juin 1950, environ 600 000 soldats nord-coréens franchissent le 38e parallèle les séparant de la Corée du Sud, opposant ainsi militairement les communistes et les pro-occidentaux. En trois jours, Séoul tombe. Harry Truman saisit alors rapidement la jeune ONU créée en 1945 pour lancer une opération internationale et rétablir la paix dans la région. C’est alors que le 15 septembre 1950, un corps expéditionnaire américain sous les ordres de Douglas MacArthur débarque à Inchon à l’arrière du front et lance une contre-offensive ce qui aboutira à la reprise de la capitale de la Corée du Sud le 2 octobre. Les communistes sont repoussés à tel point que la frontière avec la Chine est atteinte en un mois. Mais dans la nuit du 25 novembre 1950, 18 divisions sino-coréennes attaquent par l’ouest la VIIIe armée et douze autres pour détruire la 1ère division de Marines, couvrant le flanc gauche du Xe Corps d’Armée. Après cinq mois de combats, la certitude de mener enfin la fin de la guerre est détruite, le moral est brisé. La retraite générale est ordonnée dans des conditions de froid qui atteignent les -20°C et -30°C. La France, comme d’autres membres de l’ONU[1] auront alors un rôle décisif à jouer.
[1] Afrique du Sud, Australie, Belgique, Canada, Colombie, États-Unis, Éthiopie, France, Grande-Bretagne, Grèce, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Philippines, République de Corée, Thaïlande, Turquie. Voir Cadeau Ivan, Le bataillon français de l’ONU en Corée : le combat méconnu des volontaires français. 1950-1953, Paris, Service historique de la Défense/Éditions du Coteau/ECPAD, 2010, p.200.
L’historiographie sur la guerre de Corée est vaste, moins pour le BF/ONU. Il faut donc évidemment passer par la littérature étrangère. Le BF/ONU a toutefois ses spécialistes français comme Ivan Cadeau, Laurent Quisefit en passant par ceux qui ont vécu la guerre comme le lieutenant-colonel Le Mire dans L’assaut de Crevecoeur. Dans le cadre de l’étude du corps au combat, la construction atypique de ce bataillon mérite une étude concrète afin de mieux comprendre son succès, mais aussi sa survie au combat. Le thème de notre sujet d’étude concerne une facette de l’histoire militaire qui dépasse les bornes chronologiques de la guerre de Corée tout en la prenant comme modèle. En effet, nous montrerons que ce conflit oublié de l’histoire militaire en France peut être parfaitement réinscrit dans un contexte historique plus large dont celui de conflits plus connus à travers l’étude de l’expérience combattante. Il s’agit aussi de voir ce qui rend ce bataillon français si atypique, principalement par l’étude de la construction de sa robustesse.
Mais qu’est-ce que la robustesse. Ce terme est dérivé du mot latin « robustus » qui signifie « solide, dur, fort, résistant ». Ce terme est généralement utilisé en ingénierie pour désigner la stabilité des performances d’un objet qui se range entre trois groupes : les systèmes non performants, les systèmes performants fragiles, les systèmes performants robustes. Ces derniers sont qualifiés comme tels tant qu’ils aspirent à pouvoir fonctionner dans des conditions externes d’intensité variées. Un fusil mitrailleur pouvant fonctionner en toutes conditions (temps, latitude, entre toutes les mains) sera qualifié de robuste. Mais que peut-on dire à propos de la robustesse humaine ? Selon l’anthropologue Jean Luc-Guinot, la robustesse humaine se définit moins par la résistance physique que la résistance mentale. La carrure d’un homme n’est pas proportionnelle à sa capacité mentale à accepter les obstacles imprévus et les surmonter. La robustesse se définit donc par la résistance de l’homme à faire face à des éléments pour lesquels il a ou n’a pas été formé. C’est en cela que la robustesse d’un soldat est tantôt importante pendant un confit tantôt après. Ainsi, notre analyse se concentrera surtout sur le moral et le mental du combattant afin de mieux cerner sa transformation, son adaptation au combat, sa gestion. C’est aussi à travers l’étude de la robustesse que nous pourrons mieux analyser la construction de la cohésion du groupe BF/ONU face à la réalité de la guerre incarnée bien sûr par la violence de guerre et sa modernité, mais aussi par le froid, la faim, la peur. Grâce à cela, nous pourrons mieux comprendre comment le bataillon s’est construit son identité afin de mener ses combats et comment a t-il gagné le respect de ses pairs.
L’intérêt large d’un tel sujet est d’apporter une connaissance plus approfondie de l’expérience combattante. Nous nous plaçons donc dans l’historiographie des émotions et des mentalités de guerre. Pourquoi un corps tient-il alors que d’autres meurent à côté de lui ? Comment (ré)intègre-t-il les mécanismes de prédateur naturel pour dépasser les barrières morales l’empêchant habituellement d’aller au bout de l’action ? Au contraire, il est tout aussi intéressant d’étudier ce qui fait tomber dans la déchéance le soldat tout autant que les stratégies qu’il met en place pour faire face à des situations qui le sortent de sa zone de confort (gestion des imprévus). Ainsi, notre analyse se concentrera surtout sur le moral et le mental du combattant afin de mieux cerner sa transformation, son adaptation au combat. Les différentes forces engagées permettront des comparaisons. Par exemple, la relation franco-américaine est importante dans l’analyse de la motivation du soldat français au sein de son bataillon.
- Communication à la journée d’étude « L’éventail de nos peurs de l’Antiquité à nos jours » du 15 mai 2019 à 45 boulevard Vauban, 78280 Guyancourt organisé par le CHCSC et le DYPAC. Titre de la communcation : » La peur comme instrument de domination et de contrôle : l’exemple de la guerre de Corée, 1950-1953. » Publication des actes du colloque le 12 juin 2020 : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02649629
- Communication à la journée d’étude « La notion de « culture » et l’étude du fait guerrier » du 1er et 2 octobre 2020, par visio-conférence, organisé par l’IRSEM. Titre de la communication : « Les soldats français pendant la guerre de Corée : une culture complexe ? »
- Modération du panel 2 « La fabrique des représentations sociales de l’armée » de la journée d’étude intitulée « L’armée et la nation. Reconfigurations des espaces, pratiques et relations », colloque annuel inter-masters organisé par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne le 15 octobre 2020 au Centre des Colloques du Campus Condorcet dans le cadre du programme Sorbonne War Studies.
- Membre du comité d’organisation de la journée d’études doctorales du SIRICE, « Engagement et mobilisation internationale » avec Maxime Launay (Sorbonne Université) et Nicolas Batteux (Sorbonne Université) le 17 octobre 2020 au Centre des Colloques du Campus Condorcet. Comité scientifique : Alya Aglan (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Eric Anceau (Sorbonne Université), Anne-Laure Briatte (Sorbonne Université), Jean-Michel Guieu (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
- Introduction au dossier « Engagement et mobilisation internationale » (avec Nicolas Batteux et Maxime Launay), Cahiers Sirice, n°27, 2022.
- Article « Faire la guerre dans le jeu vidéo » dans Inflexions, n°50, 2022, p.125-135.
- Article « Les prisonniers civils français pendant la guerre de Corée » dans #1257, n°4, 2022, p.80-85.
- Communication au séminaire doctoral multidisciplinaire « Les sciences sociales, la violence et la guerre », 27 octobre 2022, organisée dans le cadre des Sorbonne War Studies par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’IHEDN et le CESD. Titre de la communication : « La construction du corps combattant par le sport pendant la guerre de Corée ».
- Article « Le rôle du sport pendant la guerre de Corée à travers l’exemple du bataillon français de l’ONU » dans Revue Historique des Armées, n°314, 2024, p.59-70.

