Vincent Bollenot

Université : Paris 1
Année de soutenance : 2022
Etat d'avancement : Soutenue
Thèse :

Maintenir l’ordre impérial en métropole. Le service de contrôle et d’assistance en France des indigènes des colonies (1915 – 1945).

Maintain the imperial order in mainland France. The Service of control and assistance in France of the natives of the colonies (1915 – 1945).

 

Résumé de la thèse :

En 1923, est institué à la direction des affaires politiques du ministère des Colonies un Service de Contrôle et d’Assistance des Indigènes des Colonies en France (CAI). Sa mission est de surveiller les originaires des territoires sous domination, dont la présence en métropole est constituée à la fin des années 1910 comme un problème public. Puisant ses racines dans la surveillance de l’immigration coloniale organisée pendant la Première Guerre mondiale, le service prolonge son activité jusqu’à 1944, occupant une place centrale dans le champ du contrôle des indigènes en France. Au quotidien, il informe les autorités françaises de l’activité politique des indigènes, protégés ou présumés tels, faisant de la surveillance l’une des caractéristiques du stigmate impérial en France.
Le personnel du CAI se compose de policiers ayant exercé dans les services de sûreté coloniaux. En métropole, ils réinvestissent des capitaux professionnels et sociaux acquis outre-mer. Ces acteurs, par leurs pratiques et routines professionnelles, permettent au service de s’autonomiser du champ politique. Ce faisant, le CAI peut déterminer lui-même de façon discrétionnaire le périmètre de sa surveillance. Les surveillés déploient, de leur côté, des stratégies multiples d’évitement et de résistance, obligeant le service à des adaptations.
À l’intersection du service et des surveillés, les indicateurs du CAI jouent un rôle clef. Ils entrent au service d’espionnage dans l’espoir d’acquérir des gains matériels et symboliques leur permettant de s’extraire d’une situation insatisfaisante. Mais ce travail particulier a davantage d’effets destructeurs que libérateurs. Maintenus dans une relative précarité, épiés par leurs camarades, ils en viennent souvent à des ruptures violentes avec le CAI.

 

In 1923, an office in charge of controlling and assisting natives from the colonies in France called the Contrôle et Assistance des Indigènes (CAI) was set up at the Political Affairs Department of the Ministry of the Colonies. Its mission was to watch over the natives from the territories under dominion whose presence in mainland France was considered as a public issue by the end of the 1910s. It originated from the surveillance of colonial immigration in World War I; its activity went on until 1944 and held a central place in controlling natives in France. It kept French authorities informed daily of the political activity of natives from the colonies, who were protected or supposedly so, and thus made surveillance one feature of France’s imperial stigma.
The CAI staff consisted of police officers who had previously worked in the colonial security services. Once in mainland France, they could again use their professional experience and contacts from overseas. Through professional practice and routine, they allowed the office to become independent from the political area. This enabled the CAI to determine its scope of supervision at its own discretion. As for those being supervised, they invented multiple strategies of avoidance and resistance, thus forcing the service to adapt.
At the crossroads between those serving and those being surveyed, CAI informers played a key role. They became spies in the hope of acquiring material and symbolic gains to allow them to escape their unsatisfactory status. But this particular work was more destructive than liberating. These people were kept in comparatively precarious situations; they were spied upon by their fellows, and often ended up brutally breaking off with the CAI.

Publications :

Ouvrage

Maintenir l’ordre colonial en métropole, Paris, CNRS éditions, 2025 [à paraître].

 

Direction de numéro dans une revue à comité de lecture

avec Élise Abassade, Quentin Gasteuil, Thierry Guillopé, David Leconte, Sara Legrandjacques, Julie Marquet, Baptiste Mollard, et Antonin Plarier, « (Dé)construire les archives coloniales. Enjeux, pratiques et débats contemporains », French Colonial History, n° 21, 2024.

 

Articles dans des revues à comité de lecture

« Rapatrier les colonisés : l’invention d’un outil du maintien de l’ordre colonial en France pendant l’entre-deux-guerres », Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique, [article soumis, en cours d’évaluation].

« Révolutionnaires contre la révolution : les informateurs du Service de contrôle et d’assistance des indigènes (France, entre-deux-guerres) », Monde(s), 2024 [à paraître].

avec Élise Abassade, Quentin Gasteuil, Thierry Guillopé, David Leconte, Sara Legrandjacques, Julie Marquet, Baptiste Mollard, et Antonin Plarier, « Introduction », French Colonial History, « (Dé)construire les archives coloniales. Enjeux, pratiques et débats contemporains », n° 21, 2024, p. 201-214.

« Surveiller les mobilisations, se mobiliser sous surveillance : pour une articulation de l’histoire du renseignement politique et de l’histoire des mobilisations collectives en situation impériale », Genèses ; Sciences sociales et histoire, n° 120, vol. 3, 2020, p. 112-130.

« ‘‘Ne visitez pas l’exposition coloniale !’’. La campagne contre l’exposition coloniale internationale de 1931, un moment anti-impérialiste », French colonial History, n° 18, 2019, p. 69-99.

 

Chapitres dans des ouvrages collectifs

« L’anticolonialisme, dénonciation d’un système », in Pierre Singaravélou (dir.), Colonisations. Notre histoire, Paris, Seuil, 2023, p. 219-221.

« Expositions coloniales », in Clément Fabre (dir.), Les mondialisations des années 1880 au milieu des années 1930, Paris, Atlande, 2023, p. 592-594.

« Anticolonialisme », in Clément Fabre (dir.), Les mondialisations des années 1880 au milieu des années 1930, Paris, Atlande, 2023, p. 43-245.

« Marseille, ville impériale », in Guillaume Blanc (dir.), Les sociétés africaines et le monde : histoire connectée (1900-1980), Paris, Atlande, 2022.

« Contre l’exposition coloniale, mobilisation générale », in Isabelle Surun (dir.), La France et l’Afrique, 1830-1962, Paris, Atlande, 2021, p. 256-258.

« Métropole et colonies », in Sébastien Cote et Emmanuelle Picard (dir.), Regards historiques sur le monde actuel, Paris, Nathan, 2019, p. 129-150.

 

Recension d’ouvrage

« Sylvain Venayre, une guerre au loin », Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 67, vol. 2, 2023, p. 232-234 [en ligne].

« Jennifer Boittin, Undesirable. Passionate Mobility and Women’s Defiance of French Colonial Policing, 1919-1952 », Le Mouvement Social [en ligne].

« Stéphanie Soubrier, Races guerrières, Enquête sur une catégorie impériale 1850-1918 », Les Cahiers d’Histoire, Revue d’Histoire critique, 2024 [à paraître].

« Jean-Pierre Bat, Nicolas Courtin, Vincent Hiribarren (dir.), Histoire du renseignement en situation coloniale, Presses universitaires de Rennes, 2022 », Le Mouvement Social, 2023 (format papier à paraître).

« Michele Louro, Carolien Stolte, Heather Streets-Salter et Sana Tannoury-Karam, The League Against Imperialism: Lives and Afterlives, Leiden University Press, 2020 », Le Mouvement Social, 2023, n° 284, vol. 3, p. 162-165.

« Chau Tran, Trân Van Thạch (1905-1945). Une plume contre l’oppression, Les Indes savantes, 2020 », Le Mouvement Social, 2021 (format papier à paraître).

« Michael Goebel, Anti-imperial Metropolis, Interwar Paris and the Seeds of Third World Nationalism, Cambridge University Press, 2015 », Agone, n° 63-64, 2019, p. 263-272.

« Alexandre Rios-Bordès, Les savoirs de l’ombre. La surveillance des populations aux États-Unis, 1900 – 1941, Éditions de l’EHESS, 2018 », Le Mouvement Social, n° 267, vol. 2, 2019, p. 124-127.

« Daniel Brückenhaus, Policing transnational protest: Liberal Imperialism and the Surveillance of Anticolonialists in Europe, 1905 – 1945 », Oxford University Press, 2017, Le Mouvement Social, n° 262, vol. 1, 2018, p. 158-160.

« William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin, Les historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson : la résurgence du roman national, Libertalia, 2013 », Lectures, 2016.

« Beverley Skeggs, Des femmes respectables. Classe et genre en milieu populaire, Agone, 2015, Lectures, 2016.

 

Notice dans une encyclopédie universitaire :

« 1887, généralisation du code de l’indigénat », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, avril 2023.

 

Diffusion des savoirs

« Maintenir l’ordre impérial en métropole. Le service de contrôle et d’assistance en France des indigènes des colonies (1915 – 1945) », Histoire, Europe et relations internationales, n° 2, p. 143-146.

« Décadrage colonial : surréalisme, anticolonialisme, photographie moderne », Revue Alarmer, 10 février 2023.

« À Paris, résistance et répression », Manière de Voir, décembre 2021 – janvier 2022, n° 180 (dossier « Le Vietnam, colonisation française, guerre américaine, pressions chinoises »).

« La lutte a commencé », L’Histoire, mars 2019, n° 457 (dossier « La France Noire »), p. 36.