Les enjeux de la « diplomatie féministe ». Représentation de l’État et promotion des droits, par Laurence Badel

Référence bibliographique :

Les enjeux de la diplomatie féministe, Annuaire français de relations internationales, 2023

 

Auteur.e.s membre de l'UMR : Laurence Badel

Année : 2023

Axe(s) de recherche : 1. Relations internationales, espaces et mondialisations

Présentation :

La « diplomatie féministe » est une expression propre à la France. Elle l’emploie quand les autres États parlent de « politique extérieure féministe » (Feminist Foreign Policy – FFP) pour désigner l’intégration de la défense et de la promotion des droits des femmes, voire de la perspective du genre, à l’élaboration des politiques étrangères. La France a proclamé l’adoption de ce nouveau paradigme dans une tribune conjointe de Jean-Yves Le Drian et Marlène Schiappa dans le journal Libération, le 8 mars 2019, date de la Journée internationale des droits des femmes. Elle a fait adopter la Déclaration sur l’égalité entre les femmes et les hommes et l’autonomisation des femmes par les ministres du G7 chargés de l’égalité entre les femmes et les hommes, puis lancé le Partenariat de Biarritz sur l’égalité, lors de sa présidence du sommet du G7 (24-26 août 2019). Elle a enfin coorganisé avec le Mexique et l’ONU (Organisation des Nations Unies) Femmes, le Forum Génération Égalité (30 juin-2 juillet 2021). Elle faisait ainsi partie des dix États qui, jusqu’en octobre 2022, affirmaient officiellement obéir aux principes qui sous-tendent un type nouveau de politique extérieure fondée sur la promotion de l’égalité des sexes et la mise en œuvre des moyens pour la faire aboutir et respecter : la Suède (2014), le Canada (2017), le Luxembourg (2018), la France (2019), le Mexique (2020), l’Espagne et la Libye (2021), l’Allemagne, le Chili et les Pays-Bas (2022). Bien que n’en ayant pas fait une politique officielle, un certain nombre d’États comme l’Autriche adoptent des mesures favorables à la parité et à la promotion des femmes au sein de leur ministère des Affaires étrangères, notamment par des tentatives pour augmenter la proportion de femmes aux postes de direction. L’engagement du Mexique au sein du Forum Génération Égalité a favorisé la présence à ses côtés de l’Argentine, du Chili, du Costa Rica et de l’Uruguay. Au Royaume-Uni, l’International Development (Gender Equality) Act 2014 a promu l’égalité des sexes lors de la fourniture d’une aide au développement et d’une aide humanitaire. Une nation « dévolue » comme l’Écosse en a même fait un argument fort pour affirmer une protodiplomatie. La First Minister Nicola Sturgeon a revendiqué ainsi, en 2017, à la fois la composition d’un cabinet équilibré entre les sexes (gender-balanced cabinet) et un engagement dans des politiques au large spectre (de la justice climatique à la résolution des conflits) pour affirmer les droits des femmes.

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