Journée nationale de la Résistance – Les Françaises, les Français et l’épuration.
Date : Jeudi, 16 mai, 2019 - 13:00
Participant.e : Fabrice Virgili
Rencontre organisée par les ami(e)s de l’ANACR. Comités de La Garde, la Seine, Ollioules, Toulon.
Avec la participation de François Rouquet, professeur à l’université de Caen et Fabrice Virgili, directeur de recherche au CNRS.
Epuration ? Ce mot apparaît en politique pour la première fois en 1792 : Elimination des membres qu’on juge indésirables dans une association, un parti, une société.
On a épuré, l’Administration, les intellectuels, la Police, le monde économique, la Presse écrite et radiodiffusée, le monde du spectacle…Pour l’ensemble des Français, l’épuration des intellectuels et des gens du spectacle fut la plus remarquable. Pour un Brasillach , un Henriot, une Arletty… combien d’autres collaborateurs inconnus ont été concernés par les procédures d’épuration ? Ils sont estimés à 350.000 et Quid des épurateurs?
Il faut pour appréhender le phénomène dans sa dimension sociale se détourner des « grandes figures » pour approcher cette masse d’épurés et d’épurateurs
L’Epuration est un sujet qui dérange. Son évocation est encore clivante. Soit certains vous déclareront qu’elle n’a pas été assez rigoureuse, que l’on a trop promptement amnistié et que certains criminels ont échappé à un juste châtiment et sont morts dans leur lit à Madrid, ou à Buenos-Aires (ce qui vrai) . D’autres mettrons en avant les exécutions sommaires, les simulacres de procès, et les inévitables scènes de tontes des femmes qui évidemment ne sont pas les aspects les plus glorieux de cette période passionnelle.
Des 43, l’ Epuration avait été codifiée par les législateurs qui savaient qu’après la Libération du territoire, il faudrait épurer une société perturbée, humiliée, animée par un esprit de vengeance.
Les deux historiens qui ont répondu à notre invitation, étudiant depuis des années cet objet historique sensible qu’est l’ Epuration, abordent le sujet par le biais du regard et des sentiments des Français sur l’épuration en train de se faire mais également sur du ressenti des familles qui l’ont subie, de ceux qui ont été jugés ou amnistiés.
Les travaux du Pr Virgili et du Pr Rouquet, nos deux invités, ne s’attachent plus à la seule étude politique et institutionnelle de l’Epuration mais dans la veine d’une historiographie renouvelée, aux Françaises et aux Français face à l’évènement. Le mot épuration marqué par la gêne qui entoure l’événement.. Ils livrent dans leurs travaux une histoire sociale de l’épuration qui relativise la prise de décision politique et privilégie, l’aspiration et l’action populaire au châtiment des traitres.
C’est dans toute l’Europe que s’est posée la même question: comment punir la trahison ? L’ histoire de l’épuration est une histoire européenne. il s’agissait de refonder un continent sur lequel le nazisme avait laissé une tache indélébile
Si on peut dater les débuts de l’Epuration, elle est très précoce, dès 40 . Même si on étudie essentiellement 44 45 46 . Pour dater la fin, c’est plus complexe : est-ce la dernière exécution d’un collabo en 51? la loi d’amnistie de 53 ? les tardifs procès Touvier Papon? la libération des derniers condamnés en 1980? Les historiens ont encore un champ fertile à labourer. Ce Jeudi 16 mai nous en saurons beaucoup plus sur ce sujet qui pose des questions, juridiques, politiques, psychologiques, éthiques, véritable révélateur du comportement humain.


