Théorie critique de la propagande
Théorie critique de la propagande, dir. Pierre-François Noppen, Gérard Raulet
Ed. Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2020
ISBN-10 2735126919 ; ISBN-13 9782735126910
288 p., 16,2 x 24 cm
Auteur.e.s membre de l'UMR : Gérard Raulet
Axe(s) de recherche : 2. Pratiques et cultures politiques
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La publication en 2013 d’une version reconstruite du texte de Kracauer Die totalitäre Propaganda (1937-1938) a renouvelé la perception que l’on pouvait avoir de cette dimension de son œuvre et de son apport à une « théorie critique de la propagande ». La réflexion sur la propagande s’inscrit dans le contexte plus vaste de l’élaboration par les exilés allemands, au tournant des années 1930-1940, d’une grille de lecture du national-socialisme, vu comme une pathologie de la modernité, ainsi que dans celui des grands projets de recherches américains sur la propagande nazie (auxquels Adorno et Kracauer ont été associés). Au sein de la nébuleuse de la « Théorie critique » Kracauer exprime, comme Benjamin, un point de vue à certains égards dissonant. À rebours d’une approche qui insiste surtout sur la continuité entre capitalisme et nazisme, il se montre particulièrement sensible à la séduction esthétique du fascisme, et à sa mise en scène d’une réalité de substitution, qui est selon lui l’expression d’une fuite en avant nihiliste : ses analyses concrètes ne portent pas tant sur les contenus du message que sur le langage même de la propagande, et la vision de la société et de l’histoire qu’elle véhicule, dans sa forme même. Le débat complexe qui se développe à cette époque entre Adorno, Benjamin et Kracauer met notamment en œuvre les catégories de « fétichisme » (Adorno), de « fantasmagorie » et d’« esthétisation du politique » (Benjamin), d’« apparence » et de « pseudo-réalité » (Kracauer). Il présente en premier lieu un intérêt historique, en tant que l’analyse du nazisme constitue pour le projet d’une théorie critique une mise à l’épreuve, qui suscite de vifs débats internes et aboutit chez Adorno et Horkheimer, dans la Dialectique de la raison (1944-1947), à une reformulation de ce projet. Mais dans un contexte aujourd’hui bien différent, les thèmes qui sont débattus entre ces protagonistes, comme celui de la dérive autoritaire du libéralisme, des manipulations de masse, de la construction médiatique du réel n’ont rien perdu de leur actualité.
Sommaire – Noppen
Introduction
Pierre-François Noppen et Gérard Raulet
L’art politique examiné par la Théorie critique
Patrick Vassort
La théorie de la propagande dans le contexte des réflexions de la Théorie critique sur le fascisme pendant l’exil
Gérard Raulet
Convergences et divergences avec l’Institut für Sozialforschung dans La propagande totalitaire de Siegfried Kracauer (1937-1938)
Olivier Agard
A cacophony of critical voices? Excavating the palimpsest of Siegfried Kracauer’s 1937–1938 study on fascist propaganda
Hans J. Lind
Des nouvelles masses à l’ornement totalitaire : Siegfried Kracauer sur la propagande nazie
Stephanie Baumann
The fascist laugh: propaganda and cynical rationality in Adorno
Vladimir Safatle
Manipulation de masse et propagande fasciste chez Adorno et Horkheimer : esquisse d’une théorie psychanalytique du jugement
Agnès Grivaux
Militantisme, propagande et métaphysique : pour introduire à la « Critique de la propagande » d’Ernst Bloch
Lucien Pelletier
Critique de la propagande
Ernst Bloch (traduit par Lucien Pelletier)
Le pouvoir de la monotonie : Adorno et l’analyse empirique de la culture de masse
Pierre Arnoux
Current of Music : de la radio courante vers la possibilité qui court dans la radio
William Ross
Le langage des images : schématisme, cinéma et régression chez Adorno
Pierre-François Noppen
L’« inconscient optique » : plongée cinématographique dans les « profondeurs de la mentalité collective »
Léa Barbisan
Siegfried Kracauer and the Early Frankfurt School’s Analysis of Fascism as Right-Wing Populism
John Abromeit
Les auteurs


