Construire l'Europe au défi de "68"

Type d'appel: 

 

Journée d’études

30 novembre 2018 – Maison de la Recherche (Paris)

 

UMR Sirice / UCO

 

 

« Nos pays isolés étaient désormais vulnérables aux courants de violence qui balayaient le monde et aucun ne pouvait s’en protéger tout seul. » Jean Monnet soulignait ainsi dans ses Mémoires publiées en 1976 la nécessité pour les pays européens de faire face ensemble au défi de la vague de contestation des « années 1968 ». Les mouvements étudiants et ouvriers, ainsi que la vague de politisation de la jeunesse, touchèrent en effet particulièrement les pays de l’Europe communautaire autour de trois épicentres principaux – la République fédérale d’Allemagne, la France et l’Italie –, tout en affectant au même moment la Belgique, plus précocement les Pays-Bas et plus tardivement le Luxembourg. L’Europe des Six au début de sa construction fut ainsi l’un des cœurs de cette contestation transnationale.

La concomitance de Mai 68 et de l’achèvement du Marché commun européen le 1er juillet 1968 n’a toutefois que rarement été soulignée, les interprétations des évènements privilégiant souvent le cadre politique et social national au détriment du contexte économique européen. La politique économique et les choix européens ne furent pourtant pas sans conséquences sur les revendications politiques et sociales des « années 1968 ». De même, en aval des évènements, les projets de relance européenne des années 1969-1973 s’appuyèrent-ils aussi en partie sur la nécessité de construire une Europe plus solidaire. L’idée d’Europe sociale se développa dans les années 1970 comme une réponse aux mouvements de 1968. Enfin, à plus long terme, certains courants politiques européistes tels que les Verts furent lancés par des soixante-huitards, tandis que la critique d’une Europe néolibérale fut en partie inspirée des revendications salariales des « années 1968 ».

 

Cette journée d’études se propose d’analyser le lien entre les contestations sociales des « années 1968 » et le projet d’Europe communautaire. Cette relation sera abordée aussi bien à travers les causes européennes des mouvements que dans les conséquences de ces derniers pour la CEE. On cherchera ainsi à contextualiser l’événement, au-delà de la simple référence aux Trente Glorieuses, dans les grandes évolutions de la politique européenne des années 1960-1970 et les transformations économiques et sociales profondes qu’elle induit. Du point de vue de l’histoire de la construction européenne, elle permettra de déterminer comment un événement global influe sur une construction transnationale.

Les échelles d’analyse pourront être nationale, transnationale ou européenne pour permettre d’appréhender la diversité des acteurs. La chronologie sera volontairement large, s’inscrivant dans le cadre des « années 1968 » et pouvant inclure les évolutions des cultures politiques européennes dans les décennies suivantes. Si les acteurs de la contestation (étudiants, ouvriers) seront naturellement pris en compte, on s’intéressera également aux décideurs nationaux et européens, ainsi qu’aux autres acteurs sociaux (syndicats, patronat) et à l’ensemble des influences directes et indirectes sur l’évolution du projet européen.

 

On suggèrera ici trois axes principaux d’analyse sans que ces propositions d’ensemble aient un caractère exhaustif.

  1. Un premier axe d’étude pourra être la critique du choix européen ou des politiques européennes par les mouvements des « années 1968 ». L’accroissement de la concurrence entre les économies européennes dans le cadre de l’ouverture du Marché commun et ses conséquences sur les salariés et l’emploi feront ici l’objet d’une attention particulière. Les mouvements sociaux des années 1960 précédant la contestation de 1968 – Pays-Bas, Italie, France – apportent notamment un éclairage intéressant sur les revendications des salariés face aux nouveaux impératifs européens. La critique de l’Europe communautaire au cœur des événements comme immédiatement après, en particulier dans une logique anticapitaliste, constituera naturellement un aspect essentiel de cet axe d’analyse. On pourra ainsi mettre en évidence l’émergence de courants politiques critiques envers le projet politique européen.
  2. Un deuxième axe pourra s’intéresser aux différents regards européens sur les évènements. Nombre d’Européens ont en effet vu une cohérence dans l’ensemble disparate des contestations, au point d’y percevoir parfois un défi ou un danger pour l’avenir du projet communautaire. Au-delà de l’idée d’une subversion marxiste organisée, l’ampleur des mouvements a conduit à de multiples interprétations. La diversité de ces analyses et les désaccords sur le diagnostic autant que sur les remèdes à la crise de 1968 constituent une source de difficulté pour les projets européens dans les années 1970. On se focalisera essentiellement ici sur le point de vue des décideurs nationaux et des penseurs de l’Europe communautaire, ainsi que sur le lien entre l’analyse des mouvements sociaux et la nécessité de construire ou de réformer la CEE. On pourra considérer les débats entre les acteurs politiques et au sein des organisations transnationales et des grandes cultures politiques européennes (socialisme/social-démocratie, démocratie chrétienne, communisme, conservatisme, écologie…) qui tentent de trouver des réponses communautaires à la contestation.
  3. Un troisième axe pourra étudier les réponses politiques de l’Europe communautaire aux mouvements des « années 1968 ». On s’intéressera ici à l’émergence de projets européens destinés à apporter des solutions à la diversité des revendications sociales, économiques, politiques, environnementales exprimées par les mouvements étudiants et ouvriers. La relance européenne de l’année 1969 fera ici l’objet d’une attention particulière dans le domaine économique et monétaire, de même que les projets d’Europe sociale formulés dans les années 1970. La question des solidarités européennes, mais aussi de l’amélioration du cadre de vie et d’une politique européenne environnementale, constituent également des réponses aux revendications des mouvements de 68. Ces propositions, souvent antérieures à 1968, ont trouvé dans les évènements des « années 1968 » un contexte favorable mais également éphémère. On mettra ainsi en évidence un « moment social » et réformateur de l’Europe communautaire qui s’achève dans la seconde moitié des années 1970.

 

Les propositions de toutes disciplines des sciences humaines et sociales devront être soumises en français ou en anglais (400 mots) et accompagnées d’un bref CV au plus tard le 1er septembre 2018 à l’adresse suivante : mathieu.dubois@uco.fr

La journée d’études se tiendra le 30 novembre 2018 à la Maison de la Recherche à Paris. Les frais de transport et d’hébergement sur place seront pris en charge. Une publication des textes est envisagée pour 2019 en fonction des contributions proposées.

 

organisation

Mathieu Dubois (Maître de conférences à l’Université catholique de l’Ouest – chercheur au laboratoire UMR Sirice)

Date : 
Samedi 01 septembre 2018